samedi 4 mars 2017

Fausses nouvelles

Nous serions, paraît-il, entrés depuis quelque temps dans l’ère de la post-vérité. Est-ce à dire que naguère on ne nous mentait jamais ? J’en doute.
Certes, l’actualité prend souvent en ce moment des tournures extravagantes, et à ce qu’on nous dit les fausses nouvelles abondent plus que jamais. Fausses nouvelles est, soit dit en passant, le titre d’un roman suédois, de l’excellent Torgny Lindgren[i]. Et, à propos de Suède, on a prêté à M. Trump (on ne prête qu’aux riches) des paroles abracadabrantes sur ce vieux et beau pays, quant à l’insécurité qui y règnerait, causée par des populations d’origine immigrée. Non, ont crié en chœur journalistes et politiciens[ii] suédois, il n’y a pas d’insécurité en Suède, et certainement pas dans les zones à forte population d’origine étrangère… C’était juste avant l’émeute qui a accueilli une descente de police à Rinkeby, riante banlieue de Stockholm.
Il est vrai que, statistiquement, à force de dire tout et n’importe quoi, peut finir par toucher à une part de vérité.
Tout et n’importe quoi, à moins que ce ne soit tout et son contraire, cela semble être le rayon de M. Macron. Dans ses discours électoraux, cet homme paraît vouloir séduire non pas tous les Français, mais chacun d’entre eux. Fatalement, cela peut donner lieu à des incohérences. Mais reconnaissons-lui (ainsi qu’à ses amis) le talent de savoir capter l’air du temps. Ainsi, il y a quelques semaines, la presse bruissait des plaintes de son équipe de campagne : le site Internet d’En Marche aurait été piraté ! Nul doute que ces attaques provenaient de Russie, tant il est vrai que M. Macron doit peupler les cauchemars de M. Poutine. On reconnaît là une habile acclimatation des accusations portées aux Etats-Unis par les partisans de Mme Clinton[iii].
On est depuis sans nouvelles de ce terrible complot ourdi par de sombres officines moscovites contre M. Macron. Peut-être était-ce faux ? Notre presse, dans ce cas, n’en a pas fait un scandale. Ce qui n’est pas comme lorsque M. Fillon se dit victime d’un coup monté dont les origines seraient à chercher du côté du faubourg Saint-Honoré. Mais si je vois dans cette différence de traitement un certain favoritisme dans pas mal d’organes de presse envers M. Macron, je risque d’être traité de complotiste, voire d’être accusé de répandre de fausses nouvelles, pardon, des fake news.
Il était déjà question de ces fake news, à moins que ce ne fût de post-vérité, à l’époque du référendum sur le Brexit au Royaume-Uni[iv]. Les électeurs britanniques auraient majoritairement voté pour quitter l’Union européenne sur la base de mensonges. Ce n’est pas impossible, mais les catastrophes annoncées par les remainers ne sont toujours pas survenues[v]. Alors…
Alors oui, nous sommes envahis et pollués par d’abondants et grossiers mensonges émis de toutes parts : ils ne proviennent pas tous « du même bord », comme on voudrait parfois nous le faire gober. Faut-il pour autant nous en lamenter ? Pas plus qu’autrefois. Les mots rumeur, bobard ou bouteillon ne sont pas apparus hier soir. En mai 1927, La Presse fit une édition spéciale sur l’arrivée à New-York des aviateurs Nungesser et Coli après la première traversée aérienne de l’Atlantique sans escale[vi]. Aux dernières nouvelles, L’Oiseau blanc et ses deux occupants se trouveraient quelque part au fond de l’océan, vers Saint-Pierre et Miquelon… Je vous épargnerai des exemples plus récents.


[i] Le titre original est Pölsan, titre qui n’a pas grand-chose à voir avec de fausses nouvelles…
[ii] Y compris l’inénarrable Carl Bildt, qui fut un temps aussi drogué du touite que M. Trump. M. Carl Bildt ancien premier ministre et ancien ministre des affaires étrangères en Suède, ne doit pas être confondu avec un dénommé Nils Bildt, autoproclamé expert en géopolitique, qui aurait donné des avis « éclairés » à une chaîne de télévision américaine ; il paraîtrait que même les Démocrates de Suède, pourtant peu réputés pour être regardants en matière de recrutement, n’auraient pas voulu de cet individu…
[iii] Laquelle a perdu l’élection présidentielle américaine à cause d’un complot russe, comme chacun le sait, et certainement pas à cause de ce qu’elle pouvait représenter aux yeux de certains électeurs américains. Où qu’il se trouve, une telle interprétation doit adoucir les tourments du défunt sénateur Joseph McCarthy.
[iv] Voir ici.
[v] M. Tony Blair s’est récemment fait remarquer pour un appel au « soulèvement » des parlementaires britanniques contre la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne. Rappelons que M. Blair gagna en son temps le surnom de Bliar. Etait-ce en 2003, à l’époque des fameuses armes de destruction massives irakiennes ?
[vi] Voir ici.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

Un commentaire ? Inscrivez-vous ! Si vous êtes timide, les pseudonymes sont admis.