vendredi 10 mars 2017

Baballes

Il ne semble pas que l’humanité vive en ce moment ses heures les plus glorieuses, que ce soit à travers le monde ou dans notre chère et vieille France. Aussi pouvons-nous imaginer quel soulagement doit être celui de M. Hollande à l’idée de ne plus avoir à occuper son poste que pour quelques semaines. Ce sentiment, si M. Hollande l’éprouve, pourra nous paraître lâche, mais après tout il est humain. Et puis M. Hollande a trouvé deux hommes pour prendre le relais : MM. Macron et Fillon.
Nous ne nous étendrons pas sur le cas de M. Macron, qui est curieux, certes, mais qui ne permet guère de doute quant à la désignation de M. Macron comme son successeur par l’ennemi de la finance[i].
Le nom de M. Fillon pourra surprendre. Cependant, c’est désormais lui qui essuie tous les coups, toutes les huées. Sonné un instant, il reprend ses esprits, sautille et cherche à qui rendre les coups, manifestant quelque vigueur avant d’encaisser un direct, au menton, au foie ou au plexus. Sonné un instant… On comprend qu’une certaine panique ait fini par gagner ses « amis » politiques : comment, dans ces conditions, prévoir la suite de sa carrière ? Voilà, probablement, l’interrogation des deuxième et troisième cercles. Dans le premier, au contraire, c’est l’ivresse chaque fois que se relève le champion que tous croyaient à terre, le souffle coupé, le regard perdu dans les flots de sang et de sueur qui aveuglent le boxeur en perdition. Aucun doute n’est permis : leur homme triomphera et sauvera la France. Il a d’ailleurs, dimanche 5 mars, montré sa dimension gaullienne, au-dessus des partis, en rébellion contre les appareils, tendant la main à la nation entière pour mieux la guider et la servir…
Prendre cela au sérieux me semble relever, en partie au moins, de l’ivresse : rappelons quand même que cet appareil partisan contre lequel M. Fillon entend soulever le peuple, c’est celui aux procédures duquel il s’est soumis pour devenir candidat à l’élection présidentielle. Donc, pour le côté gaullien, il faudra repasser[ii]. S’il faut être cruel, allons jusqu’à dire que le dernier rétablissement de M. Fillon a quelque chose de plus chiraculeux[iii] que gaullien. Mais après tout, cela peut marcher, qui sait ?
Cela posé, il n’est pas interdit de prendre au sérieux, sinon un « complot » ou un « coup d’état », l’hypothèse du caractère concerté et opportun des « révélations » dont M. Fillon a fait l’objet. On ne saurait exclure les idées les plus extravagantes, ni les machinations les plus tortueuses. Qui sait d’où viennent vraiment ces attaques contre M. Fillon ? Pas de ses « amis », on l’espère. De quelques « officines » chargées de la promotion du produit Macron ? Par exemple, l’éviction de M. Jean-Louis Bourlanges, ouvertement partisan de M. Macron, de l’émission L’Esprit public (diffusée sur France-Culture) : M. Bourlanges aurait été prié d’étaler ses opinions ailleurs par la direction de France-Culture sous la pression d’enragés fillonnistes auteurs d’un courrier abondant et furieux. C’est possible, mais pourquoi ne pas imaginer, ce qui serait tout aussi possible, une manœuvre pour donner à penser que M. Fillon, s’il parvenait au pouvoir, ferait peu de cas de la liberté d’expression dans le service public audiovisuel ?
Manœuvre pour manœuvre, il n’est pas dit que M. Fillon, malgré son catholicisme revendiqué, ait la pureté d’un premier communiant. C’est aussi un vieux politicien. Tout comme ses « amis », lesquels ne semblent plus disposés à couler leur champion : qui sait s’ils n’ont pas quelques torpilles réservées à M. Macron, dont ils se réservent l’usage au moment opportun ?
Toutes ces torpilles – ou plutôt ces baballes – sont bien commodes : elles évitent aux candidats d’avoir à débattre de leurs programmes respectifs et aux journalistes de s’y pencher. Nous ignorons s’il existe un candidat apte à remplir les fonctions auxquels tant paraissent aspirer, et même s’il en existe un seul qui soit apte à le conquérir. En tout cas, certains semblent doués pour en empêcher leurs concurrents. Et le souci du pays, du bien commun, me demanderez-vous ? Apparemment, ce sont des vétilles à leurs yeux.
Mais, puisque c’est le carême, cessons quelque temps de nous repaître de futilités politiciennes.


[i] Vous vous souvenez ? C’était vers 2012. On savait encore rire, à l’époque !
[ii] Serait-ce trop demander à quelques politiciens de carrière que de cesser de se coiffer du képi d’un vieux général défunt ? Le carnaval est fini depuis une dizaine de jours.
[iii] Les collectionneurs les plus maniaques des vieux numéros de Jalons consulteront pour une meilleure compréhension de cette épithète le numéro du printemps 1995 du « magazine du vrai et du beau ».

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