jeudi 2 février 2017

Pénélope guette

Personne, en France, à moins de vivre dans l’ascèse la plus complète et la plus admirable, n’aura échappé aux « révélations » concernant M. Fillon et les emplois fictifs qu’aurait occupés son épouse. J’ai déjà évoqué (ici) le peu d’enthousiasme que j’éprouve pour les propositions de M. Fillon, du moins pour ce que j’en sais, ainsi que la méfiance que m’inspirent les arguments dont il use pour les présenter ou les justifier. Puisque M. Fillon a revendiqué en matière de probité une conception exigeante de la fonction à laquelle il aspire, ces « révélations » devraient constituer pour moi une raison de plus de me méfier.
Cependant, j’ai des doutes. Point n’est besoin d’être initié aux secrets peu reluisants de la vie politique pour deviner que ces « révélations » tombent un peu trop à point nommé pour ne pas être le fruit de quelque coup monté contre M. Fillon. A ce que l’on sait, les affaires qui nous sont « révélées » ne dateraient pas d’hier après-midi. Elles étaient donc probablement connues depuis longtemps dans les milieux bien informés et quelques-uns ont dû attendre le moment approprié pour nous les apprendre. Le coup du dossier qu’on garde au cas où pour le Canard enchaîné est bien connu. Si ce qui nous est dévoilé ainsi n’est pas à l’honneur de M. Fillon[i] (ni de son épouse), le fait de le dévoiler maintenant et de la manière que l’on sait (par tranches chaque mercredi) n’est pas à l’honneur de ceux qui sont en train de le faire.
Pour la presse en général, peu importe que les faits soient avérés ou non (ils le semblent au moins en partie) et qu’ils soient légaux ou non (un avocat, Régis de Castelnau, peu « fillonniste » lui-même s’est étonné ici dans Causeur de la diligence de la justice dans cette subite et opportune affaire). Ce qui paraît compter pour nos amis les journalistes, c’est l’odeur alléchante de la viande fraîche et le bruit qu’ils vont pouvoir faire en la mastiquant et en la digérant. Ils auront comme d’habitude l’impression fugace d’être un peu ceux qui firent « tomber » Richard Nixon en 1974, donnant au passage à cette affaire le nom de Penelope-gate[ii], du prénom de Mme Fillon.
Qu’est-ce que le Penelope-gate ? Le portail de Pénélope ? Celui de quelque palais d’Ithaque ou des bords de la Sarthe, à moins que ce ne soit celui – rêvé – du palais de l’Elysée, rêve qui pourrait bien partir en fumée à cause des bourdes de M. et Mme Fillon ? Dans ce dernier cas, c’est en Espagne qu’il faudrait situer le palais de l’Elysée.
A moins qu’il s’agisse de dire que Pénélope guette ? Que guette-t-elle ? Le retour de son mari pour disperser de fâcheux et illégitimes prétendants ?
Mais revenons à des considérations plus sérieuses : cette affaire, outre qu’elle trouble l’image d’intégrité qu’entendait cultiver M. Fillon, trouble son discours. Comment l’écouter et en faire la nécessaire critique, avec tant de bruit ? Comment l’inciter à infléchir certaines des orientations qu’il revendique, lesquelles paraissent intenables[iii] ? Avec de telles incitations, M. Fillon aurait certes du pain sur la planche, obligé qu’il serait de revoir une partie de ses propositions. La tâche serait pour lui – et pour les Français – plus intéressante que celle qui consiste à restaurer son image.
Mais, dans tous les cas, nous savons bien que « faire, défaire et recommencer, c’est toujours travailler ». Voilà un proverbe que n’eût pas démenti une certaine Pénélope, il y a fort longtemps, avant de se remettre chaque matin devant sa tapisserie, en disant : « filons » !


[i] En résumé, nous découvrons, consternés, que M. Fillon est un politicien comme les autres, ce que nous aurions pu deviner depuis longtemps.
[ii] J’ai déjà évoqué ici cette détestable et ridicule habitude d’utiliser un peu à tout bout de champ le mot gate.
[iii] Voir à ce sujet un intéressant article de Guillaume de Prémare dans Permanences, ici (l’article est paru en décembre, donc avant ce lamentable vacarme).

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