samedi 16 septembre 2017

Un appeau à imbéciles

Le Figaro Magazine a cru bon, il y a peu de poser en couverture cette question essentielle : « le pape est-il de gauche ? ». Ce titre annonçait la publication de bonnes feuilles d’un livre d’entretiens du pape François avec M. Dominique Wolton. Et tombait sans doute bien, aux yeux de la rédaction dudit magazine, après des déclarations faites le 21 août par le pape en vue de la prochaine journée du migrant et du réfugié.
Une telle question, posée dans de telles circonstances, par une publication qui se veut « de droite », ressemble, sinon à un signal, du moins à une provocation pour un certain public : le site internet du Figaro a été envahi de propos hallucinants – ou plutôt hallucinés – de quelques lecteurs sur le pape. De même, sur le site de Causeur, trois auteurs se sont succédé, avec un manque de talent plus ou moins criant, combien les récentes déclarations du pape leur déplaisaient[i]. Nouveau signal pour une meute de lecteurs-commentateurs dont on ne saurait dire si leurs transes relèvent de la possession ou de la maladie de Gilles de la Tourette. La quasi-totalité des commentaires approuvaient ces textes d’une manière proprement délirante, en rajoutant souvent. Deux autres auteurs contribuant occasionnellement à ce site proposèrent des textes en faveur du Saint Père[ii] : las ! la même meute se rassembla, les couvrant d’injures et ressassant les mêmes ruminations haineuses et obsessionnelles contre « Jorge Bergoglio », qu’ils ont du mal à reconnaître comme pape[iii].
A ce train-là, ce n’est plus de la haine, ni même de la rage, bien que les propos de tels commentateurs évoquent l’écume ou la bave qui suinte de la gueule d’animaux touchés par ce mal. Non, il faudrait plutôt songer à quelque purge, vidange ou débagoulis de sécrétions foireuses d’un diablotin que l’on viendrait d’asperger d’eau bénite – ou, pour être plus indulgent, d’un membre de la fédération nationale de la libre pensée à jour de ses cotisations contemplant une crèche de Noël devant la mairie de la sous-préfecture qu’il orne de son esprit fort.
(Pour revenir au Figaro, relevons un entretien accordé fin août par M. Laurent Dandrieu[iv], un homme assurément mieux élevé et plus subtil qu’une poignée d’internautes anonymes. Pour lui, ce qu’énonce François au sujet des migrants et des réfugiés est tout à fait dans la continuité de ce qu’énonçaient ses prédécesseurs Benoît XVI et saint Jean-Paul II. Et la mansuétude exprimée par ces papes envers lesdits migrants et réfugiés n’a pas l’heur de plaire à M. Dandrieu. Lequel n’est probablement pas sans savoir que l’institution de la journée du migrant et du réfugié remonte à un siècle environ, soit au temps du pontificat de Benoît XV. On s’interroge pour savoir depuis combien de temps le trône de saint Pierre est, selon M. Dandrieu, mal occupé. Reconnaissons-lui cependant le mérite d’une certaine politesse.)
A propos de continuité, ces attaques insensées contre l’actuel pape ne sont pas sans rappeler celles que l’on put entendre contre Benoît XVI et saint Jean-Paul II naguère. Seulement, ces attaques, émanant le plus souvent de journalistes illettrés, de libres-penseurs ou – autres fossiles vivants – de quelques « catholiques de gauches » (ou « d’ouverture »). Que ces gens attaquassent le pape avec bêtise, ignorance et mauvaise foi était, somme toute, dans l’ordre des choses[v]. Eh bien, maintenant, d’autoproclamés gardiens de la tradition catholique se comportent exactement de même[vi].
Au fond, cela n’est pas si surprenant. Dans les deux cas, nous avons affaire à des gens que les principes énoncés par le pape mettent mal à l’aise. Ils leur rappellent qu’être un chrétien exige des efforts et n’est pas de tout repos. C’est même inconfortable par moments. Il est donc compréhensible que certains grincent des dents à ces rappels. Mais, de même qu’il est quelquefois dit que l’Eglise est semper reformanda, ne sommes-nous pas semper reformandi ? S’il en était autrement, nous serions déjà des saints[vii]. Et, pour ce qui est de se sentir à l’aise, les plus lettrés se rappelleront que l’endroit peu flatteur où cette sensation se produit a été désigné de manière définitive par Bernanos[viii].
Il est quand même regrettable que les paroles du pape qui parviennent jusqu’au grand public fonctionnent le plus souvent comme des appeaux à imbéciles, de gauche ou de droite[ix]. Le pape ne parle pas à cette fin. S’il est permis d’être désarçonné de temps à autre, cela n’oblige pas à se joindre à quelque meute.


[i] Ici, , et encore . Avec deux articles du même auteur, pris d'un besoin urgent d'insister, au cas où l'on n'aurait pas compris sa pauvre rhétorique.
[ii] Ici et .
[iii] J’en viens à me demander s’il ne va pas y en avoir quelques-uns pour voir un complot dans le fait que Pâques tombe un 1er avril en 2018.
[iv] Voir ici.
[v] Il faut ajouter à cette liste des politiciens soucieux de ne pas passer pour « réacs », tel un Alain Juppé disant un jour que Benoît XVI commençait « à poser un problème » : en matière d’imbécillité, M. Juppé se posa là.
[vi] Pour les aider à ne pas sombrer, il y a ceci, de l’abbé de Tanoüarn, qui est rarement considéré comme un dangereux gauchiste.
[vii] Ce qui me rappelle une homélie entendue le jour de la Toussaint, il y a quelques années, où le prêtre nous disait que quiconque lui disant croire avoir atteint cet état se verrait montrer le chemin du confessionnal.
[viii] Dans Les enfants humiliés : « Être à l’aise… se mettre à l’aise… les lieux d’aisance… voilà précisément où je voulais en venir : on n’est à l’aise que sur le pot. »
[ix] Rendons justice à Causeur, où l’on peut lire d’intéressants propos à ce sujet, dans « le moi de Basile de Koch » de septembre, notamment sur l’attitude à adopter si tel ou tel propos du pape met mal à l’aise. Longue vie au président de Koch !

jeudi 7 septembre 2017

Une vieille muflerie

Début août, de retour de vacances, j’ai pu entendre, en allumant la radio, une annonce de la reprise au cinéma de Ginger et Fred, de Federico Fellini. J’entendis cette annonce plusieurs jours de suite sur France-Culture, accompagnée d’un thème, The Continental (tiré d’une comédie musicale d’avant-guerre avec Fred Astaire), joué par un saxophone solitaire et pépère.
Naturellement, on pourrait ne voir dans ce film que ce qui en était dit dans cette annonce : une dénonciation de la vulgarité télévisée, en particulier de celle qui émanait de quelques chaînes privées italiennes à l’époque de Ginger et Fred, soit vers 1985. Ce serait un peu limité ; on peut encore y voir une réflexion sur le sort fait à deux vieux artistes fatigués, exhibés comme des phénomènes de foire, mais aussi sur un monde spectaculaire où tout est fabriqué : la télévision, l’art de « Ginger » et de « Fred », autrefois imitateurs sympathiques des numéros virtuoses exécutés par Ginger Rogers et Fred Astaire pour l’industrie cinématographique américaine…
A sa première sortie en France, ce film tombait bien : c’était l’époque où, avec l’aide du gouvernement – alors socialiste – Silvio Berlusconi allait nous faire découvrir le genre de télévision qu’il avait déjà imposé en Italie. D’emblée, en matière de vulgarité, la « Cinq » pulvérisa des limites déjà bien lointaines.
Ginger et Fred fut donc une aubaine pour l’opposition : le gouvernement socialiste, qui se voulait l’ami de la culture, s’était fait l’importateur des fonds de poubelle de la télévision italienne et le complice de combines hautement berlusconiques. Ce n’était qu’un coup de plus porté à une majorité  de toute façon vouée à une déroute inévitable, à mesure qu’approchaient les élections législatives du 16 mars 1986. Elle en était elle-même convaincue, multipliant les affiches où l’on pouvait lire : « Au secours, la droite revient ! »
Parmi les tracts et fascicules électoraux qui encombrèrent les boîtes à lettres des Français à cette époque, je ne me souviens que d’une publication émanant du Parti socialiste : 16 mars magazine. Rien de bien remarquable là-dedans : les supposées réussites des gouvernements qui s’étaient succédé depuis mai 1981 y étaient vantées, dans tous les domaines, y compris celui de la culture, dont le nom de Jack Lang était presque devenu le synonyme. La « musique de jeunes » n’était pas oubliée : le rock avait enfin ses lettres de noblesse en France. Par exemple, on pouvait voir une photo où quelques jeunes gens à l’allure vaguement metal, hilares, étaient vautrés dans les fauteuils de quelque salle de concert ; sur la légende, on pouvait lire : « au "Gibus", un public qui n’a rien de Ginger ni de Fred ». Au musée, Fellini ! Place aux jeunes !
Les élections du 16 mars 1986 eurent le résultat que l’on sait. Les torchons de circonstance comme 16 mars magazine n’éveillent depuis longtemps plus aucun souvenir chez personne, à part quelques hypermnésiques dans mon genre. J’ignore si le « Gibus » existe encore, et peu me chaut. En revanche, les films de Fellini demeurent (ils ressortent même en salle), ainsi que les noms de leurs acteurs, Giulietta Massina et Marcello Mastroianni, par exemple. Reconnaissons qu’ils ne risquaient guère d’être atteints par les mufleries d’un plumitif anonyme loué par le Parti socialiste.
Ne nous y trompons pas : aux mufleries de la gauche, aux combines socialo-berlusconiennes allaient bientôt succéder les hautes vertus de la France éternelle, naturellement incarnées par la droite. Bientôt, Silvio Berlusconi, pour renouveler la concession de la « Cinq », allait fort bien s’entendre avec Robert Hersant, alors propriétaire du Figaro

jeudi 31 août 2017

Et en même temps, Léon Bloy

Serons-nous nombreux cet automne à nous rappeler le centenaire de la mort de Léon Bloy ? Peut-être pas moins, après tout, que ceux qui se croiront révolutionnaires en célébrant les cent ans d’un certain coup d’Etat pétersbourgeois aux conséquences globalement désastreuses. A tout prendre, mieux vaut se pencher plutôt sur l’œuvre toujours neuve d’un vieil imprécateur qui se disait lui-même « invendable » et « solitaire ».
En attendant la parution – annoncée pour le 14 septembre[i] – dans la collection « Bouquins » d’un recueil d’essais et pamphlets de Bloy, il est toujours possible, depuis juin, de lire Léon Bloy, la littérature et la Bible, ouvrage de Pierre Glaudes paru aux Belles Lettres. Sans m’aventurer à faire la critique de ce nourrissant essai, je me contenterai de livrer ici quelques pauvres réflexions, ou plutôt impressions, nées de la lecture d’icelui ou confirmée par elle. Elles tourneront autour de la notion de simultanéité.
Commençons par vendre la mèche à qui, sans avoir consulté les « sources » indiquées à la fin du volume, se jetterait dans la lecture de Léon Bloy, la littérature et la Bible, qu’il s’agit d’un recueil d’études publiées par M. Glaudes entre 1990 et 2015 : voilà qui rassurera les lecteurs que d’éventuelles redites pourraient risquer d’agacer. N’accusons pas le temps, mais considérons que ces études proviennent de contextes variés.
Le temps ? Dès la page 48 de Léon Bloy, la littérature et la Bible (« Le Moyen Âge », chapitre II de la première partie intitulée « Bloy, la Bible et l’Histoire »), la couleur est annoncée : pour Bloy, « le temps n’existe pas »[ii] et que les événements « ne sont pas successifs mais contemporains d’une manière absolue »[iii], se déroulant « sous nos yeux, comme une toile immense ». Le temps, donc, n’est pour Bloy que l’illusion qui résulte nécessairement des limites de notre vision, qu’il qualifie de « successive »[iv].
Dès lors, il est possible de ne plus s’étonner de certains traits de l’œuvre de Bloy qui, juxtaposés, pourraient donner à celle-ci un caractère en apparence paradoxal. En voici une énumération qui ne prétend en rien à l’exhaustivité : humoristique, mystique, satirique, hérétique, orthodoxe, tendre, violente, grossière, eschatologique, raffinée voire maniérée, martelée, hurlée, subtile, érudite, ordurière voire scatologique[v], moderne, baroque, archaïque[vi], ironique, naïve, perspicace, absurde…
Nous savons donc, munis de cet avertissement, que l’énumération de ces qualificatifs ne saurait être précédée d’un tour à tour qui ne serait que pure rhétorique. C’est bien en même temps qu’il faut dire. Nous ne devons plus donc nous étonner, mais peut-être même plutôt nous réjouir, de la surprise qui nous saisit à la lecture ou à la relecture d’un livre de Léon Bloy. Nous en prendrons toujours plein les moustaches[vii] et, par notre pauvre vision, nous n’aurons peut-être jamais fini d’en disséquer – vainement ? – tel ou tel aspect.
Dans ses derniers jours, Léon Bloy affirmait attendre « les Cosaques et le Saint-Esprit ». Pour ce qui est des Cosaques, l’époque s’y prêtait bien. Mais le Saint-Esprit ? Il serait tentant d’accuser Bloy de faire peu de cas de la Pentecôte. Ce serait oublier cette sacrée simultanéité : peut-être sommes-nous encore trop souvent dans l’état où étaient les Apôtres avant ce jour-là.
Dans ces conditions, si en un siècle l’œuvre de Bloy ne nous a pas quittés, nous pourrons bien attendre deux petites semaines avant d’aller taquiner le libraire[viii].
(Soit dit en passant, cet en même temps est d’une autre trempe que celui de notre président de la république et la pensée de Bloy me paraît autrement complexe que celle dont se targue ce jeune chef d’Etat. J’avais méchamment évoqué – ici – l’ombre de Huysmans à son propos, et pas dans ce qu’elle a de plus admirable. Mais trêve de piques de circonstance.)


[i] Voir ici.
[ii] Entrée du 29 juin 1903 dans Quatre ans de captivité à Cochons-sur-Marne.
[iii] Cette citation, ainsi que les deux suivantes, est à trouver à l’entrée du 8 août 1894 dans Le Mendiant ingrat.
[iv] Propos digne de ceux de certains physiciens depuis cent ans environ, qui pourraient nous paraître abscons, mais…
[v] Eschatologique, scatologique : inquiétante homophonie.
[vi] Sur ces trois derniers traits, il est logique qu’il soit question de Bloy dans Les antimodernes, de Joseph de Maistre à Roland Barthes, essai d’Antoine Compagnon paru en 2005 chez Gallimard.
[vii] Fournies et bloyennes (infiniment plus que nietzschéennes), naturellement.
[viii] Pour ceux qui ne possèdent pas ces textes, déjà réédités au Mercure de France entre 1964 et 1975. On en trouve aussi aux éditions la Part commune. D’autres initiatives existent, ici par exemple.

vendredi 25 août 2017

De quelques nécrologies

Tout ou presque aura été dit de quelques personnalités décédées cet été. N’en ajoutons donc pas et contentons-nous de saluer la silhouette de Jeanne Moreau errant dans un Paris nocturne, filmée par Louis Malle, récitant un monologue écrit par Roger Nimier tandis que nous entendons la trompette de Miles Davis[i], dans Ascenseur pour l’échafaud[ii].
Une autre silhouette à saluer est celle de Claude Rich, que la même Jeanne Moreau, dix ans après Ascenseur pour l’échafaud, défenestrait dans La Mariée était en noir[iii]. L’air sans âge de vieux jeune homme détaché, ironique et gourmand qu’il affichait dans tous ses rôles faisait merveille, aussi bien dans Le Caporal épinglé[iv] que dans Les Tontons flingueurs… Cet air confine à la perfection quand il prend les nuances aigres d’une rage sourde, comme dans Le Crabe-tambour, par exemple. Et comment ne pas saluer un homme qui dit un jour : « J’aime Dieu. Je le fréquente tous les dimanches » ?
A propos de gourmandise, nos amis les journalistes n’ont pas manqué de faire un tour en cuisine pour rendre hommage à Christian Millau, en qui pour la plupart ils n’ont retenu que le critique gastronomique, « inventeur-de-la-nouvelle-cuisine » et « créateur-avec-Henri-Gault-du-guide-qui-porte-leur-nom ». C’est injuste, car il eût aussi fallu saluer un peu plus celui qui, jeune homme, côtoya de nombreux artistes et écrivains et, l’âge venu sut en parler avec quelque bonheur, notamment dans Au galop des hussards.
Naturellement, on n’aura pas manqué de dire qu’avec de telles figures c’est tout une époque qui s’efface encore un peu. C’est banal, mais les banalités ne sont pas toujours fausses.
Les nécrologies, les éloges ou les hommages ne sont pas toujours aussi élégants, par exemple lorsque l’on tombe dans le monde de la politique. Il se dit par exemple qu’à l’occasion de la mort de Simone Veil une journaliste aurait reçu de Mme Sibeth Ndiaye, ministre de quelque chose, un message confirmant censé lui confirmer l’événement : « Yes, la meuf est dead ». Mme Ndiaye a tenu à démentir ces faits réels ou supposés – et on la comprend. De sorte que nous jetterons sur cette affaire un voile pudique, ne sachant à quoi nous en tenir entre la parole d’une ministre et celle d’une journaliste.
Ce qui s’est raconté à la mort de Nicole Bricq est plus frappant. Cette dame fut ministre de quelque chose du temps de M. Hollande, avant de redevenir sénatrice et de se rallier à la « majorité de M. Macron ». Or voici que sa suppléante, une certaine Mme Lipietz, s’est crue obligée – ou libre – de tenir les propos suivants après la mort accidentelle de Nicole Bricq : « Nicole est morte, me revoilà peut-être sénatrice »[v].
D’aucuns ont trouvé léger, voire indécent, le ton presque guilleret employé par Mme Lipietz. Il est vrai que ces propos ne sont pas sans rappeler ceux que doit rituellement tenir le popotier à la fin du discours par lequel il ouvre un repas de militaires[vi]. Certes, ce ton paraît pour le moins déplacé dans de telles circonstances. Mais ce qui frappe encore plus, y compris dans les réponses que cette dame a faites aux critiques, c’est qu’elle ramène tout à elle : moâ, moâ, moâ, clame-t-elle… Il n’est après tout demandé à personne de moasser ainsi aux enterrements.


[i] Il sied de rappeler que l’éminent trompettiste était entouré à cette occasion de Barney Wilen (saxophone ténor), René Urtreger (piano), Pierre Michelot (contrebasse) et Kenny Clarke (batterie), ce qui, somme toute, est plus qu’honnête.
[ii] Un film de pure forme : avec un argument bien mince, il repose entièrement sur les acteurs, la réalisation, les dialogues et la musique.
[iii] Ce film, réalisé en 1967 par François Truffaut, a un peu moins bien vieilli que le précédent.
[iv] Curieuse et intéressante – quoique fort infidèle – adaptation par un Jean Renoir vieillissant du récit plus que recommandable de Jacques Perret, qui porte le même titre.
[v] Voir ici.
[vi] De mémoire : « Bon appétit, messieurs ! Que la première vous régale et que la dernière vous étouffe, dans l’ordre hiérarchique descendant, afin de faciliter par les voies naturelles l’avancement dans l’armée française, ce dont je serai le dernier et indigne bénéficiaire. »

vendredi 18 août 2017

Petits morceaux

Les Républicains (Cécile Guilbert) :
Que font deux anciens élèves d’une école plus ou moins grande lorsque, la cinquantaine venue, ils se rencontrent après s’être perdus de vue ? Le risque est fort qu’ils aillent prendre un verre, voire manger un morceau, et se jauger l’un l’autre, chacun demandant à l’autre ce qu’il devient. A ce risque peut s’ajouter, s’il s’agit d’un homme et d’une femme, le piment – un peu éventé – d’un vague reste de désir. Si la femme est écrivain – peut-être un double de l’auteur – et si l’homme est un de ces conseillers de politiciens interchangeables (les politiciens ou les conseillers, c’est selon), ce sera aussi l’occasion de nous peindre « le tableau d’un pays abîmé par l’oubli de sa grandeur littéraire, enkysté dans la décomposition politique et le cynisme de son oligarchie », comme l’affirme joliment la quatrième de couverture des Républicains, roman de Cécile Guilbert.
La chose est plutôt bien écrite, et il vient quelques bonheurs sous la plume de Mme Guilbert, comme :
« Tu en profitas pour demander l’addition et examiner de plus près les titres de la petite bibliothèque située à ta droite, un bric-à-brac où voisinaient Walter Scott et Napoléon, Eugène Sue et Montaigne. Après quelques minutes, tu jetas ton dévolu sur un volume de Benjamin Constant mais à ta grande surprise tes doigts butèrent sur un mur de cuir : une vulgaire déco, quel gag ! »
Hormis ces quelques plaisirs, on retire peu de chose de la lecture des Républicains : le monde de la politique n’est pas tendre, celui des affaires non plus, et la littérature fait rarement de vous une personne en vue. Conseillers des « princes » chargés de secrets ou d’anecdotes et bourgeois intellectuels, moins initiés mais prétendant penser, raisonnent comme votre boulangère, à ceci près que leur vocabulaire est plus riche et qu’ils ne seront jamais capables de vous fournir du pain.
Sorti en mars 2017, ce roman ne va pas jusqu’à prédire les surprises politiques de ce printemps, se contentant de nous dire assez justement que « l’élection présidentielle approchait, crise épileptoïde nationale qui promettait un degré d’incertitude inégalé dans les annales de la Ve République au couchant, menacée par la barbarie djihadiste et livrée aux pires surenchères populistes. » On ne saurait reprocher à Mme Guilbert de n’être point devineresse. Les italiques rendent bien quelques tics de langage du moment…
Cécile Guilbert essaie, dans Les Républicains, de faire varier les points de vue : récit à la première personne (de « la fille en noir » et de Guillaume Fronsac), à la deuxième (adressé à « la fille en noir ») ou à la troisième personne… Le procédé n’est pas très efficace car le ton ne change guère d’un chapitre à l’autre.
Le lecteur apprendra quand même que les écrivains exigeants penchant à gauche ne sont pas toujours épargnés par une forme de dégénérescence – sinon mentale, du moins stylistique – qui frappe d’ordinaire de médiocres plumitifs d’extrême droite ; il s’agit de cette manie qui consiste à forger des mots-valises en en emmanchant deux de manière à les associer en une tournure qui se veut révélatrice. Ainsi, « la pathétique Frigide Barjot » est qualifiée page 17 d’« égérie cathomophobe de la Manif pour tous ».
Gageons que ce moment de bêtise est celui de « la fille en noir » (qui est dans ce chapitre la narratrice) et non celui de Mme Guilbert. Nous ne saurions confondre abusivement un personnage et son auteur.
Prises de bec (Curzio Malaparte) :
Un des mérites (et non des moindres) des Républicains est de nous rappeler (page 178) que la place de la Concorde matérialise « un vide, comme l’avait bien vu Malaparte ». Notre mémoire nous oriente vers le Journal d’un étranger à Paris, réédité il y a déjà un bon moment. Les Belles Lettres nous proposent à présent des Prises de bec du même Malaparte. Le livre n’est pas ouvert sans quelque appréhension : celle, bien sûr, d’avoir affaire à un ramassis de fonds de tiroir d’un écrivain apprécié, de ces petits morceaux sans intérêt qui font pester contre l’affairisme charognard de certains éditeurs ; à quand les listes de courses ou les déclarations d’impôts ?
Soyons juste : ce n’est pas ici le cas. Il s’agit de textes parus dans un magazine italien entre 1953 et 1956, courtes chroniques de valeur inégale : un écrivain n’est pas toujours inspiré quand il s’agit de livrer sa copie hebdomadaire, et certains propos de circonstances perdent vite de leur intérêt. Les vues politiques de Malaparte sont, comme toujours, fluctuantes, mais certaines sont encore justes aujourd’hui, et pas qu’en Italie, comme ce qui est écrit du Parlement dans « Un honnête souhait », qui ouvre l’année 1955.
Les amateurs y trouveront cependant quelques bons morceaux de ce qui rend Malaparte aussi irritant que séduisant : étalage de carnet d’adresse (Pie XI, la reine des Belges, Marlène Dietrich, Paul Reynaud…), tendresse pour les petites gens (« L’Italie de De Amicis »), sens du détail comique (« Petit-déjeuner obligatoire ») ou anecdotes plus ou moins drolatiques qui n’avaient pas trouvé leur place dans Kaputt (« Du côté des catholiques »). Sans oublier, comme dans « Voyage au pays des miracles », un sens certain de la prose poétique.
Romans inachevés (Stendhal) :
S’il faut parler d’exploitation des fonds de tiroir d’un grand écrivain, c’est bien à l’occasion de la parution (dans les « Cahiers Rouges » chez Grasset) des Romans inachevés de Stendhal, qui nous sont fourgués avec une bande les disant inédits et une présentation par le Stendhal Club.
Sur le caractère inédit de ces morceaux, toussotons : tous ces embryons, faux départs ou vagues projets sont en fait disponibles depuis 1982, parmi encore d’autres, dans un volume intitulé Le Rose et le Vert, Mina de Vanghel et autres nouvelles, préfacé et annoté par Victor Del Litto, professeur à l’université de Grenoble (« Folio classique » n° 1381). Reconnaissons qu’ils sont assez oubliables (y compris par Stendhal lui-même, selon toute vraisemblance) pour que le lecteur qui possèderait ce volume se soit laissé avoir par ce coup des éditions Grasset. Il s’agit ou bien d’ébauches de deux ou trois pages, ou bien de longs débuts poussifs (Une Position sociale) ou bien de départs en fanfare se perdant dans les sables faute de savoir où aller ensuite (Féder, de loin le plus intéressant, par son ton, son sens du portrait, sa drôlerie…).
Quant à la présentation par le Stendhal Club… MM Charles Dantzig, Dominique Fernandez et Arthur Chevallier y échangent platitudes et extravagances, imaginent des films impossibles, placent le mot « gay » (c’est devenue une manie chez M. Dantzig), se demandent s’ils veulent encore un coca, se comparent à Valery Larbaud et traitent – en prenant la voix de Stendhal – d’écrivaillons les Hussards avant de s’en prendre aux professeurs d’université. C’est que Hussards et universitaires auraient classé Stendhal « à droite » (ah bon ?). Scrogneugneu, Stendhal est à gauche, qu’on se le dise ! Observons au passage que d’ordinaire c’est aux gens de droite que l’on reproche une certaine démagogie anti-universitaire. Savoir qu’elle existe aussi à gauche est somme toute rafraîchissant.
Quoi qu’il en soit, ce mini-Stendhal et les propos papillonnants de trois messieurs se voulant probablement stendhaleux ne nous stendhalisent guère.

vendredi 11 août 2017

« Monsieur Onfray au pays des mythes » (Jean-Marie Salamito)

Est-il besoin de présenter M. Michel Onfray, philosophe prêchant avec un certain charme son hédonisme libertaire et athée ? L’homme a ses entrées à la radio et à la télévision ; il anime à Caen une « université populaire » dont les conférences, brillantes, drôles et vives quoiqu’un rien péremptoires, sur l’histoire de la philosophie sont diffusées chaque été sur France-Culture. Il publie aussi des livres.
Les idées ou les croyances de M. Onfray ne seront point débattues ici. Que M. Onfray soit un athée, sinon militant, du moins proclamé[i], nous le déplorons pour lui et pour ceux qui sont sensibles à ses prêches, mais c’est son droit. Encore faudrait-il que l’intéressé usât d’arguments autres que ceux relevés par certains dans son dernier ouvrage, Décadence, s’il voulait que son antichristianisme fût pris au sérieux ; s’il voulait aussi que l’on considérât cet aspect de sa pensée comme autre chose qu’une rage d’une stupidité quasi-pathologique chez un homme qui sait par ailleurs donner, non sans aisance, des preuves d’intelligence.
Certains de ses arguments ont donc été relevés at analysés pour être mieux – et facilement – réfutés par M. Jean-Marie Salamito dans un bref ouvrage, Monsieur Onfray au pays des mythes, paru cette année[ii].
Que reproche M. Salamito à M. Onfray ? D’avoir une connaissance bien superficielle du christianisme, en particulier de celui des origines, et d’en réinventer l’histoire et la mensée à sa convenance. Et les résultats sont parfois croquignolets. Ainsi, pour M. Onfray, Jésus n’aurait pas existé et le christianisme serait une invention de Saint Paul, lequel aurait d’ailleurs détourné le message de ce Jésus imaginaire… M. Onfray, après tout, aurait tort de se gêner en étant à une incohérence près, faisant remonter, selon le vieux mythe éculé, l’antisémitisme qui fit les ravages que l’on sait au XXe siècle au même Paul, lui-même juif… Nous en passons, et de plus épicés, qui sont décortiqués dans Monsieur Onfray au pays des mythes.
Les exemples relevés et démontés par M. Salamito auraient pu – ou dû – être pris avec un éclat de rire et un haussement d’épaules. Or, s’il a fallu que le professeur d’histoire du christianisme antique à la Sorbonne qu’est M. Salamito ait pris sur son temps pour se fendre de sa fort recommandable réfutation, c’est qu’il est à redouter que, compte tenu du prestige dont jouit M. Onfray, le genre d’énormités dont il parsème ses propos aient rencontré quelque écho parmi des gens a priori fort sensés. Ce qui serait dommage. M. Salamito, comme il l’affirme dans le prologue de Monsieur Onfray au pays des mythes, n’a pas entendu écrire « un pamphlet mais plutôt, selon l’expression de Montaigne au seuil de ses Essais, "un livre de bonne foy". Une mise au point, un effort pour rétablir, sans acrimonie, quelques vérités historiques », ajoutant qu’il ne fait en somme que son métier.
Après avoir réfuté donc, de manière souvent drôle et toujours érudite, les affirmations de M. Onfray, M. Salamito s’adresse directement à lui, dans un « envoi » qui clôt (presque[iii]) le livre. En termes bienveillants, il résume les reproches qu’il a à lui faire :
« Au fond, vous qui vous réclamez de la raison, vous avez joué contre cette raison qui constitue notre bien commun, quelles que soient nos convictions personnelles. Au nom de la connaissance, vous avez accumulé les ignorances. Au nom de la critique, vous avez gonflé des baudruches et diffusé des mythes… »
Cet envoi, de l’aveu de son auteur, « tient un peu de la bouteille à la mer » : M. Onfray y répondra-t-il ? L’incertitude résiderait, selon M. Salamito, dans la différence qu’il y a entre la notoriété de M. Onfray et la sienne propre. Il reste une autre hypothèse, moins optimiste : rien ne nous prouve l’existence de monsieur Onfray. Qui sait s’il ne s’agit pas d’un personnage mythique inspiré d’un certain pharmacien au voltairisme crasse, issu de l’œuvre de Gustave Flaubert ? Philippe Muray, qui était probablement moins charitable que M. Salamito, n’a-t-il pas un jour parlé quelque part de « Michel Homais » ? L’incertitude demeure donc.


[i] Il est, entre autres titres, l’auteur d’un Traité d’athéologie.
[ii] Aux éditions Salvator, avec pour sous-titre : « Réponses sur Jésus et le christianisme ».
[iii] Une bibliographie (« Pour aller plus loin ») suit le propos.

dimanche 6 août 2017

« Les deux étendards » (Lucien Rebatet)

Aimez-vous choquer le bourgeois ? Si c’est le cas, quoi de mieux pour cela que d’évoquer, sans que l’actualité y invite, l’œuvre d’un écrivain aux relents, disons… méphitiques ? Lucien Rebatet pourrait sembler fort indiqué, à condition d’avoir sous la main des bourgeois un rien cultivés à choquer. Cela posé, le bourgeois, faute de culture ou de mémoire, dispose aujourd’hui de moteurs de recherche… Mais laissons là les bourgeois.
D’autant qu’il ne s’agit pas de s’intéresser à quelques propos de circonstance de Rebatet (ceux tenus dans Les Décombres par exemple) qui ne nous intéressent pas et qui manquèrent de lui faire connaître quelque matin blême auquel n’échappa pas un Brasillach. Non, il est question ici d’un monumental roman, Les deux étendards, que Rebatet acheva dans sa prison, en 1951.
Un résumé trop bref serait trompeur : les relations, vers 1925, de Régis et Michel, amis et vaguement cousins, avec une jeune fille, Anne-Marie ; quoi, mille trois cents pages pour nous exposer une enième variante de l’éternel triangle amoureux ? Pas tout à fait, puisque Régis se destine[i] à la prêtrise (plus précisément en tant que jésuite) et qu’Anne-Marie, avec qui il partage un amour tendre et aussi chaste que possible, a prévu de se faire religieuse… L’irruption de Michel dans cet univers parfait et apparemment clos[ii] va compliquer les choses.
C’est d’ailleurs la traversée par Michel de cet amour – et de son amitié avec Régis – qui nous est ici contée, en tant que partie d’un itinéraire esthétique, intellectuel, spirituel, sentimental et sensuel[iii]. Michel, donc, après quelques années dans un collège religieux de province, part étudier à Paris. Là, il connaît diverses formes de débauches tout en se repaissant d’art, de musique et de littérature. Après une visite de Régis, il rejoint celui-ci à Lyon, où il fait la connaissance d’Anne-Marie. Par quel mécanisme (admiration, désir de plaire, soif spirituelle) s’engage-t-il sur ce qui paraît être le chemin de la conversion, lui dont les bons pères n’avaient réussi qu’à faire un athée enragé, révolté jusqu’à la caricature ? Jusqu’à la caricature, c’est précisément où risque de le mener cette apparente conversion ; jusqu’à singer avec une certaine Yvonne les liens qui unissent Régis et Anne-Marie, avec d’ailleurs les encouragements de ces deux-là.
Il se cabrera donc. Par une réaction d’orgueil, à n’en point douter, qui va jusqu’au refus de la grâce[iv], mais aussi par la conscience de ce qu’il posait, y compris à ses propres yeux, au converti[v].
Il entraînera Anne-Marie dans cette nouvelle révolte, rompant tout lien avec Régis et fuyant avec elle toujours plus loin, d’étreinte en étreinte… Tout finira par ce qui semble être un naufrage complet, saccage de tout amour et de toute amitié. Seul Régis demeurera sûr de lui.
Ce dernier personnage pose un problème (à moins que ce ne soit un ressort romanesque ou un trait volontiers caricatural de la part d’un auteur dont le moins que l’on puisse dire est que ses sentiments n’étaient guère catholiques) : toujours content de soi, ce futur prêtre paraît faire preuve à l’égard de Michel d’un esprit plus prosélyte que missionnaire. Croyant sans doute l’attirer par ses penchants intellectuels et esthétiques, il en fait un connaisseur de divers auteurs mystiques avant d’en faire un croyant (et un croyant incarné, apprenant à s’abandonner à la grâce)[vi]. Les outils qu’il croit lui fournir deviendront des armes redoutables entre les mains de Michel, lorsque celui-ci se révoltera, pour influencer Anne-Marie.
On l’imagine, un tel roman comporte de longs passages introspectifs, souvent répétitifs, parfois ennuyeux. Des scènes crues aussi, d’un érotisme presque anatomique, qui eussent gagné à être quelque peu abrégés. Ces introspections et cette passion physique, ainsi que les poses et les emportements de Michel, voilà qui penche du côté de quelque romantisme, celui dont naissent de temps à autre des surgeons grandioses ou monstrueux, selon les goûts ou les sensibilités. La façon dont les lieux s’accordent aux sentiments des personnages – de Michel surtout – l’atteste, qu’il s’agisse du mont Brouilly ou de divers quartiers de Lyon, en particulier d’une petite place quelconque, qui deviendra dans le vocabulaire des trois personnages « la place antique ».
Cet écho du romantisme, on le retrouve bien entendu dans la musique, en particulier celle de Wagner, ultime ciment de l’amitié entre Michel et Régis. D’autres musiques sont d’ailleurs évoquées, avec par exemple un aperçu intéressant du jazz tel que l’on pouvait l’entendre à Paris vers 1925, joué par des orchestres noirs américains de passage ou exécuté par des musiciens du cru, imitateurs encore maladroits ou mécaniques quand ils ne se contentent pas de tirer quelque profit de la mode du jour[vii].
Les nuits parisiennes, du reste, ainsi que la bourgeoisie lyonnaise, fournissent à Rebatet des motifs d’heureuses descriptions, volontiers satiriques, d’un ton tout autre que celui d’autres passages. On retrouve quelque chose de ce ton dans les derniers chapitres, qui prennent des formes de plus en plus variées : plus libres ou écrits à la hâte, peu importe, le résultat étant vif. Ce ton satirique, allez savoir si ce n’était pas celui des Décombres ? Et là… Il serait d’ailleurs peu honnête de cacher que certaines tirades antichrétiennes de Michel sont teintées d’antisémitisme, nous faisant une fois de plus au passage le vieux coup des « quatre juifs obscurs » pour désigner les quatre Evangélistes. Il n’est pas impossible que Rebatet ait adhéré à ce fatras indigeste[viii] et que cela ait contribué à l’amener aux prises de positions insensées qui lui valurent des ennuis à la Libération.
Cette digression biographique et historique devrait normalement n’avoir aucune importance. Cependant, si Rebatet avait écrit Les deux étendards dans d’autres conditions que celle de la prison, gageons qu’il eût eu tout loisir de se relire, d’affiner, d’élaguer son texte. En somme, c’est surtout au grand écrivain qu’eût pu être Rebatet que le funeste polémiste qu’il fut fit du tort[ix]. Avec ce talent, le chef-d’œuvre n’était pas loin.
A la parution des Deux étendards, en 1951, Roger Nimier écrivit de ce roman qu’il « appartient à cette littérature vivante où la passion emporte tout, même l’ennui »[x]. Ce n’est pas entièrement faux.


[i] Plus, semble-t-il, qu’il ne s’y sent appelé.
[ii] Du moins est-ce l’impression que donne le roman.
[iii] Anne-Marie aura aussi sa part dans cet itinéraire. Il est permis de se demander si ce n’est pas elle autant que Michel qui doit choisir entre ces « deux étendards », celui du Ciel et celui du Monde (selon St Ignace de Loyola).
[iv] Péché contre l’Esprit : le pire de tous ; il en est rendu compte dans les « éphémérides du péché mortel », au chapitre XXI (sur trente-sept !).
[v] La chose était assez en vogue en ces années : que l’on veuille songer à Jean Cocteau ou – pour décidément choquer le bourgeois – à Maurice Sachs. Tout autre (plus profond) est le cas d’un Max Jacob.
[vi] En somme, Régis paraît plus se soucier de faire de Michel un genre de chrétien « d’élite » que d’en faire un chrétien ou, mieux, de lui offrir de pouvoir le devenir.
[vii] Rebatet est aussi connu pour son Histoire de la musique, œuvre d’un mélomane sincère, érudit, passionné et quelquefois injuste, lorsque surnagent certains de ses préjugés (sur le jazz et les musiciens juifs qui y contribuèrent dès les années 1920, notamment). Ajoutons que, sous le pseudonyme de François Vinneuil, il fut aussi un critique cinématographique exigeant et violent, que François Truffaut citait volontiers comme modèle.
[viii] Sur le caractère autobiographique (en partie du moins) des Deux étendards et sur d'autres aspects, on pourra lire ceci, de Pierre Jova, dans les Cahiers libres.
[ix] Et ce après – et de ce fait, peut-être – le parcours spirituel – notamment – décrit dans Les deux étendards.
[x] L’article est reproduit dans les Journées de lecture parues en 1965 chez Gallimard.

samedi 8 juillet 2017

Drôles de dieux

Le monde moderne, si épris de sa sécularisation, souffre d’un vide spirituel qu’il comble comme il peut. Diverses idolâtries ont été essayées, du culte des vedettes de cinéma ou de la chanson à celui des hommes exceptionnels, en passant par ceux de l’argent ou de la force destructrice, sans oublier les engouements partisans. En peu de mots, ce monde déborde de religiosité, sous des formes dévoyées, abâtardies, dégénérées.
Il me semble, oh, sans aucun chauvinisme, que la France est un pays pionnier en ce domaine. Depuis la Révolution française, des forces diverses se sont employées, parfois ouvertement, à extirper toute trace de christianisme dans notre civilisation. Ce qui a laissé la place, dans les esprits comme dans les institutions, à des formes variées de n’importe quoi : culte de l’Être suprême, Translations au Panthéon, napoléonisme
Une des dernières manifestations de cette idolâtrie fut, vers 1988, la quasi-divinisation dont François Mitterrand fit l’objet. Oh, une divinisation bien de son époque, sympa, puisque la liturgie mitterrandique prévoyait que le nouveau dieu fût adoré par la jeunesse sous le nom de Tonton. Curieux destin pour un genre de Rastignac qui exerça ses talents de Vichy à la pyramide du Louvre, en passant par les jardins de l’Observatoire…
On aurait pu croire, après avoir vu se succéder, à la suite de François Mitterrand, MM. Chirac, Sarkozy et Hollande, que ces manières appartiendraient bientôt à l’histoire ancienne. C’était sans compter sur M. Macron.
J’ignore qui le premier a eu l’idée d’affubler ce dernier d’une épithète que l’on nous sert jusqu’à la satiété : jupitérien. Sont-ce les adversaires de M. Macron, voulant ainsi signifier sa supposée mégalomanie ? Sont-ce ses admirateurs ou ses soutiens, voulant manifester un enthousiasme sans bornes ? Ou M. Macron lui-même, pris d’une bouffée d’orgueil qui aurait laissé quelques séquelles ? Je n’ai pas la réponse. Mais si j’étais mauvaise langue, j’objecterais qu’avec ses en même temps M. Macron me fait plus penser à Janus qu’à Jupiter.
Puisque M. Macron trône désormais sur l’Olympe, d’autres s’y verraient bien. M. Bruno Le Maire, ministre de l’économie, aimerait bien, paraît-il, qu’on lui trouvât quelque chose d’Hermès[i]. On ignore si c’est de l’humour ou l’ivresse provoquée par l’air raréfié de sommets tels que ceux de l’Olympe.
Nous nageons donc dans l’antique, dans la grandeur et la beauté classiques. Faut-il y voir une forme de néo-paganisme ? Je l’ignore, mais il faut observer qu’il existe d’autres mythologies européennes que celle à laquelle MM. Macron, Le Maire et autres font référence. Il est vrai que certaines d’entre elles furent récupérées au XXe siècle par des gens fort peu recommandables. Dommage, car un président-Thor n’eût pas manqué, outre de force, d’une certaine truculence, voire de drôlerie.
Quelles qu’elles soient, ces mythologies sont des sources d’images et d’histoires cruelles, émouvantes ou cocasses dont il faut admirer la beauté ou l’astuce en s’empressant de ne pas y croire[ii].
Puisque j’ai évoqué plus haut, parmi les substituts religieux offerts par nos institutions d’Etat, le Panthéon, revenons-y un instant. Il y a quelques jours, on annonçait le décès de Simone Veil. Aussitôt, on a parlé de l’inhumer au Panthéon, et l’idée fait son chemin depuis. Cela ressemble à une version laïque, gratuite et obligatoire de quelque santo subito, à ceci près que, par son nom, le Panthéon suggère plus l’adoration due au divin que la vénération due aux saints. J’évoquais plus haut une sorte de néo-paganisme : eh bien, sous couvert de laïcité, la République, avec son Panthéon, nous en propose un, hâtivement imité de l’antique, apothéoses comprises.
Soit dit en passant, le nom de Simone Veil reste associé à une loi votée en 1975, dont un bon nombre d’interprétations et de dérives actuelles semblent, et de loin, avoir dépassé les intentions. A propos de ces intentions, si j’ai bien compris, il s’agissait, tout en rappelant que l’avortement ne saurait être considéré que comme un dernier recours, de ne pas poursuivre les femmes qui se seraient fait avorter, ni les médecins qui auraient pratiqué ce geste, de manière à éviter des souffrances supplémentaires et des dangers sanitaires auxdites femmes. C’était une intention généreuse, certes, mais risquée, car ouvrant la place à toutes sortes d’interprétations et d’usages pour le moins abusifs[iii]. A ce titre (outre le fait qu’elle permettait de tuer un être humain, certes encore à l’état d’ébauche, si j’ose dire), on peut considérer que c’était une erreur. Cela appelle le reproche, et certainement pas l’insulte ni la malédiction. La vie et les actes de Simone Veil ne sauraient se résumer à cette loi. A l’occasion de son décès, on put entendre rappeler que dans les années 1960, en tant que haut fonctionnaire du ministère de la justice, elle avait œuvré pour l’amélioration des conditions de détention dans les prisons de femmes, avec le concours de personnes aussi diverses que Gisèle Halimi et Mme Marie-France Garaud. Les actions louables n’ont pas de couleur politique.
Souhaitons donc à Simone Veil de reposer en paix, hors de portée des dithyrambes intéressés et des crachats. Voilà pour rappeler que l’on peut respecter une personne tout en critiquant certains de ses actes. Il y a toujours à prendre et à laisser.
Nous laisserons donc les costumes de Jupiter, d’Hermès ou de Thor au vestiaire. Et le Panthéon au magasin des décors.


[i] D’aucuns, épris d’exactitude, se sont gaussés de M. Le Maire, qui s’est choisi un nom de dieu grec alors que pour M. Macron c’est du côté de Rome qu’il faut aller voir. Répondons-leur qu’en France Hermès fait quand même plus chic que Mercure, en matière de noms de marques. Soit dit en passant, cela vous pose autrement un homme que Zadig et Voltaire
[ii] C’est un catholique, un peu narquois, qui vous dit cela.
[iii] Voir ici et .

samedi 1 juillet 2017

Sans pilote, sans père, sans personne

Le progrès court toujours, personne n’ayant encore trouvé le moyen – ou pris la peine – de l’arrêter. Il importe donc, pour éviter d’avoir à trop en pâtir, d’en connaître quelques éléments de signalement.
Trains autonomes
On sait l’émerveillement mêlé d’une pincée d’inquiétude – pour la forme ? – avec lequel les journaux nous font part de divers projets de véhicules autonomes. Pour ce qui est des voitures personnelles, l’avantage est compréhensible : pouvoir lire un journal idiot ou un bon livre dans sa petite auto en allant travailler, pourquoi pas ? Jusqu’au moment où l’algorithme régissant le comportement de votre véhicule fera un choix que, pour une raison ou pour une autre, vous aurez à regretter, sans avoir toujours la possibilité de le comprendre.
Or voici qu’on nous annonce un changement d’échelle : non contente de donner à ses trains des noms absurdes, la SNCF fait un peu plus qu’envisager la mise en circulation de trains automatiques d’ici quelques années, pour le transport de voyageurs comme pour celui de fret[i]. On peut certes applaudir à la prouesse, mais il est permis d’éprouver une inquiétude de même nature mais plus forte que celle relative aux véhicules personnels, vu le nombre de voyageurs concernés ou les matières pouvant être ainsi transportées sans intervention humaine. Les jouets scientifiques peuvent être fascinants à condition de garder leur statut de jouets.
S’ajoute à ce problème un autre : combien de cheminots une telle évolution laissera-t-elle sur le carreau ? D’un point de vue « patronal »[ii] et moderne, cela sera présenté comme un progrès : les automates ne se mettent jamais en grève, ne revendiquent rien (primes, augmentations, congés, etc.), et il n’y a pas de retraite à leur verser.
Soit, mais à ce train-là, pourquoi ne pas supprimer aussi les voyageurs ? Quelle économie cela permettrait de faire sur les équipements et sur le personnel de nettoyage !
Génération spontanée
Les plus enthousiastes parmi les chantres du progrès me reprocheront sans doute de manquer d’optimisme quant à l’avenir des cheminots : ils sauront se reconvertir et, grâce aux réformes du code du travail qui nous sont promises, ils retrouveront vite un emploi. Pourquoi, comment ? Ne nous en inquiétons pas, cela se fera comme par magie.
Le progrès a d’ailleurs bien un caractère magique. Cette magie donnant aux hommes tant de pouvoir, pourquoi s’en priver ? Le Comité Consultatif National d’Ethique ne s’y est pas trompé, en rendant le 27 juin un avis favorable à l’autorisation de la procréation médicalement assistée[iii] pour les femmes seules et les couples de femmes. M. Christophe Castaner, porte-parole du gouvernement, a aussitôt déclaré que cela « permet d'envisager une évolution de la législation ». Si cette évolution a lieu, il sera en gros admis qu’officiellement des enfants n’auront jamais eu de père, non pas par quelque malheur mais par choix.
Observons que ledit Comité Consultatif (etc.) est pour l’instant opposé à l’insémination de mères porteuses, pour qui que ce soit. Combien de temps cet avis tiendra-t-il ? Comment quelques hommes seuls ou en couples se priveraient-ils de crier à la discrimination ? L’exploitation du corps d’une femme pauvre semble encore retenir les membres de ce comité[iv]. Il sera donc difficile de donner naissance à des enfants dépourvus de mère tant que l’on n’aura pas réussi à les fabriquer dans des utérus artificiels. Si cela est un jour possible, il y a fort à parier que nous serons invités à nous émerveiller devant cette nouvelle prouesse du génie humain. Et puis quand même, quelle ouverture pour l’économie !
Il reste que l’égalité intégrale n’aura pas été atteinte tant que les enfants n’auront pas le choix de naître sans parents, et tant qu’il ne sera pas possible d’exiger d’être père ou mère sans enfants.
Délicieuse perspective, non ? Autant que l’on peut trouver délicieux d’imaginer un futur plus ou moins proche où des êtres sans racines regarderont passer des trains sans conducteurs – ils seront sans travail donc ne pourront pas payer le billet pour s’y embarquer. Les plus optimistes d’entre eux se consoleront peut-être en songeant que tout cela est bon pour la croissance. Et qui sait s’il ne se trouvera pas quelque bel esprit – s’il en reste – pour nommer ce temps les jours sans ?
(Cette chronique se voulant légère et plus ou moins littéraire, d’autres arguments, plus sérieux, sur l’avis rendu par le Comité Consultatif National d’Ethique sont à trouver ailleurs, ici par exemple.)


[i] Voir ici.
[ii] Les guillemets s’imposent : tous les patrons ne sont pas de vilains méchants, bouffis et ricanants.
[iii] Procédé qui, fondamentalement, mérite déjà qu’on y réfléchisse.
[iv] Contrairement, par exemple, à M. Pierre Bergé (ardent soutien de M. Macron pendant la campagne présidentielle d’icelui), qui ne voit pas la différence entre les bras d’un ouvrier et le ventre d’une femme puisque, pour lui, tout cela n’est que de l’outillage à louer. M. Pierre Bergé a le maigre mérite d’avoir vendu la mèche dès 2013.

dimanche 25 juin 2017

Et de droite et de gauche ?

L’expression fait désormais florès : « et en même temps ». Illustration de ce que l’on appellera avec admiration, ironie ou distance le macronisme, elle sert aux adorateurs de M. Macron à vanter sa hauteur de vue philosophique (héritée paraît-il de Paul Ricœur[i], à en croire les plus doctes) ; à ses détracteurs, elle permet de railler un supposé vide compensé par une grossière démagogie ; aux sceptiques et aux ironiques, elle sert à désigner une indéniable habileté manœuvrière un rien attrape-tout. Il y a probablement des trois dans cette expression, qui a l’avantage de faire naître un sourire complice aux lèvres de ceux qui l’emploient, adorateurs, détracteurs, sceptiques ou ironiques.
Sur le plan strictement politique, « et en même temps » s’est muté en « et de droite et de gauche ». Ce n’est pas le classique « ni droite, ni gauche » qui appelle toujours les sarcasmes : ni droite, ni gauche, mais où donc, alors ? Non, il s’agirait plutôt d’évoquer une habile et constructive synthèse, un dépassement des postures partisanes.
La chose, sur le papier, est séduisante. Après tout, une nation (la France, en particulier) n’a pas besoin d’être de gauche ni de droite, pas même du centre. Peut-être est-ce la réponse trouvée par M. Macron au regret qu’il semblait exprimer naguère quant à la disparition de la figure royale chez nous[ii] ?
La tendance a pu s’illustrer ailleurs, même là où existent encore des rois ou des reines, au Royaume-Uni par exemple. Et c’est là que peut naître une certaine gêne, pour ne pas parler de méfiance. Le Royaume uni a pu voir apparaître aussi bien le Blue Labour que les Red Tories. Le Blue Labour a connu le pouvoir avec M. Blair ; cela pourrait aussi se nommer social-libéralisme : un libéralisme « sociétal » et économique assorti de quelques mesures de compensation envers les plus modestes, qui pourront toujours se brosser en attendant de bénéficier des effets magiques de quelques ruissellement ; c’est assez désespéramment cohérent et il faut y ajouter, en matière de politique internationale, un alignement aussi aveugle que servile sur les errements de nos amis les Yankis ; M. Hollande, dont M. Macron fut conseiller puis ministre, n’en était pas loin. Les Red Tories pourraient en représenter exactement l’inverse, de manière tout aussi cohérente, associant un goût des grandes et petites traditions à une organisation à l’échelon local de diverses solidarités. Malheureusement, l’influence que M. Phillip Blond a cru pouvoir exercer sur M. Cameron il y a quelques années semble s’être réduite à un slogan de campagne électorale (la Big Society).
Le « et de droite et de gauche » de M. Macron est donc une notion bien vague : le meilleur, comme le pire, de chacune de ces deux composantes, peuvent s’y agréger, sans compter toutes sortes de nuances. Le pire n’est pas improbable, d’où la nécessité d’une opposition, pour tempérer quelques élans qui pourraient s’avérer dangereux, et en permettre l’éventuelle réversibilité, à des échéances plus ou moins lointaines.
Où trouver une telle opposition ? A l’Assemblée nationale ? Guère, hélas. La France insoumise et le Front national, qui pourraient revendiquer le rôle d’une vraie opposition, n’ont que peu de poids. D’une part pour des raisons de mécanique électorale, qui ont réduit à peu de chose leurs effectifs respectifs à l’Assemblée ; d’autre part du fait de leur rôle – volens, nolens – d’épouvantails officiels qui tient pour beaucoup à leurs outrances, leur démagogie et le caractère brouillon de ce qu’ils proposent ou prétendent proposer.
De chez « LR » il y a peu à attendre : pas de quoi nourrir quelque espoir entre les opportunistes « constructifs » et la « droite fière de ses valeurs » de M. Wauquiez. Parce que, franchement, entre la soupe et les postures partisanes… Quant au parti dit socialiste… Non, soyons charitable.
Restent à l’Assemblée nationale quelques individus isolés, de peu de poids donc, mais rendus intéressants par leur comportement dénué de postures : par exemple M. Azérot et M. Potier (les deux sont classés à gauche, mais oui).
Et hors de l’Assemblée ? Peu avant le second tour des élections législatives, j’ai pu entendre à la radio M. Jean-Frédéric Poisson et M. François-Xavier Bellamy[iii]. Depuis cet entretien, les deux ont été battus. Bénéficiant, si j’ose dire d’investitures « LR », ils ont sans doute eu à pâtir du discrédit de ce parti, auquel ils ne sont pas même encartés, crois-je savoir. Leurs propos étaient intéressants : c’étaient ceux de deux conservateurs assumés, au sens réel (et pourquoi pas noble) du terme, soucieux autant de préserver un ordre traditionnel que d’affirmer un souci social ou écologique[iv], du moins à les entendre.
Ils ont un tort à mon avis : avoir cru devoir se raccrocher à « LR », avec les conséquences que l’on sait, liées en partie, selon toute vraisemblance, aux fillonnades et autres joyeusetés auxquelles ils auront été associés par les électeurs de leurs circonscriptions respectives. Ces deux hommes sont talentueux et intelligents[v] ; ils auraient tout intérêt à se dépenser en conférences, entretiens, débats et rencontres : pourquoi ne pas « tâter le terrain » auprès d’autres politiciens et auprès de citoyens plus ou moins engagés ? M. Poisson, il est vrai, a déjà tenté quelques ouvertures, naguère, auprès de ce que l’on nomme la « droite hors les murs » : ces rencontres n’ont rien donné, sinon une certaine méfiance envers M. Poisson chez des gens qui eussent été bien disposés à son égard ; fausse piste, donc.
Pourquoi M. Bellamy ou M. Poisson n’iraient-ils pas plutôt à la rencontre d’autres hommes libres comme les susnommés M. Azérot et M. Potier ? A un autre niveau, pourquoi ne pas souhaiter la libération de « Sens commun » et des « Poissons roses », prisonniers volontaires d’appareils partisans qui les méprisent ouvertement et qui sont apparemment moribonds ?
« Et de droite et de gauche » : sans nier leurs différences, tous ces gens pourraient commencer à bâtir quelque chose d’intéressant.


[i] Etant peu versé en philosophie, je me garderai de me prononcer quant à l’influence de la pensée de Paul Ricœur sur les idées, les paroles ou les actes de M. Macron.
[ii] Voir ici.
[iii] Jeudi 15 juin sur Radio Notre-Dame.
[iv] Il était heureux d’entendre M. Bellamy critiquer un certain « progressisme » à droite, celui du « parti des OGM et des gaz de schiste ».
[v] Et au moins autant frottés de philosophie que M. Macron, étant tous deux agrégés dans cette matière.