samedi 31 janvier 2015

Peu importe… quoi ?

Avez-vous remarqué que certaines citations connaissent pendant un moment une vogue telle que l’on a le sentiment de ne pouvoir lire un blogue ou un journal sans tomber dessus, plus ou moins fidèlement énoncées, au détour du texte ? Ces deux ou trois dernières années, nous eûmes droit à une infinité de variations sur une phrase de Bossuet, qu’à mon tour je cite de chic et donc approximativement :
« Dieu se rit des prières de ceux qui chérissent les causes dont ils déplorent les conséquences. »
Désormais, Bossuet semble s’effacer devant Albert Camus, dont vous aurez certainement lu ici ou là le :
« Mal nommer les choses, c’est ajouter au malheur du monde. »
Outre le fait que ces deux citations donnent au présent billet un cachet très mode et celui que la phrase de Bossuet qu’à mon tour j’ai écorchée est certainement discutable[i], celle de Camus me semble assez juste.
Laïcité (encore ?!)
J’ai déjà évoqué fort récemment les confusions et les incohérences de nos amis du gouvernement qui, après les horribles assassinats de ce début janvier à Paris, paraissent vouloir tenter au petit bonheur de résoudre par des solutions quelconques et hâtives des problèmes qu’ils ne se sont pas donné la peine de poser. Plus précisément, je pense au projet consistant à mettre en place un enseignement de la laïcité dans les écoles, couronné par une célébration annuelle de ladite laïcité.
Ce qui reviendrait à faire de la laïcité un genre de religion, avec son catéchisme et ses fêtes obligatoires, ce que j’entrevoyais déjà l’autre jour. Pourquoi pas, tant qu’il est permis de pratiquer d’autres religions. Mais c’est plus gênant lorsqu’il s’agit d’un catéchisme et d’une liturgie imposés par l’Etat à tous les écoliers.
C’est faire peu de cas du sens des mots, et même de leur simple signification, si j’en crois mon Petit Robert de 1968, qui définit comme suit la laïcité :
« Principe de séparation de la société civile et de la société religieuse, l’Etat n’exerçant aucun pouvoir religieux et les Eglises aucun pouvoir politique. »
Cela dit, et comme me l’a fait remarquer un lecteur (que je salue très amicalement et que je remercie pour sa remarque), peut-être ne faut-il pas s’inquiéter outre mesure, car ce genre d’initiative a de bonnes chances de retomber comme le plus raté des soufflés. Certes, mais en attendant les vrais problèmes ne sont pas posés et risquent par conséquent fort peu d’être résolus.
Pensées, paroles, actions (et omissions) de M. Valls
A la décharge de nos amis les politiciens, reconnaissons que l’exemple leur vient de haut. On sait quel petit succès de scandale a obtenu M. Valls après avoir prononcé un discours où il avait évoqué en France une situation[ii] comparable à l’apartheid. On sait aussi quelle a été une de ses réactions aux critiques exprimées de toutes parts : peu importent les mots, c’est agir qui compte.
Je veux bien, mais comment M. Valls entend-il donc agir ? Le sait-il lui-même ?
Expliquons-nous : l’action qu’envisage un premier ministre exige à n’en point douter des efforts de réflexion, lesquels ne sauraient être soutenus sans l’aide de mots. Ces efforts risquent bien de nécessiter le concours de ministres et de conseillers : comment se passer de mots pour cela ? Il faudra ensuite donner des ordres ou des consignes aux agents de diverses administrations, et s’assurer de leur bonne interprétation et de leur exécution : comment, sinon avec des mots ?
Alors, si les mots n’ont pas d’importance, les idées et les intentions qu’ils expriment n’en ont guère. Les actes non plus. Autrement dit, M. Valls s’expose à de sévères malentendus et à de tristes conséquences si les mots lui importent peu. Mais peut-être n’en a-t-il cure : peu importent les intentions, les mots et les actes, du moment qu’il a l’air de bouger.
D’ailleurs, pour avoir une idée du niveau des réflexions de M. Valls, il suffit de songer à sa réaction aux critiques de M. Sarkozy, lequel a été qualifié de « petit » par notre cher premier ministre : allusion à la taille de M. Sarkozy ? J’en ai peur. Il ne semble pas, en tout cas, que M. Sarkozy se soit fendu en réponse d’un « celui qui l’a dit, c’est lui qui l’est ». Espérons pour lui qu’il ne l’aura pas pensé trop fort…


[i] J’aurais plutôt tendance à croire que Dieu, dans Son infinie bonté, n’exauce pas nos prières quand elles sont mauvaises, même si nous les croyons bonnes. Mais je ne suis ni Dieu ni même Bossuet…
[ii] M. Valls se pose quand même un peu au-dessus de ses confrères, en se donnant l’air de poser les problèmes…

2 commentaires:

  1. Comme disait Chesterton : le monde est plein d'anciennes vertus chrétiennes devenues folles. La laïcité en fait partie. Au départ, simple principe de séparation des pouvoirs (spirituel et temporel), elle est devenue synonyme d'expulsion du religieux de la sphère publique. Au moins, en France. Je crains que l'enseignement de cette laïcité-là à l'école ne soit un échec. L'athéisme peut-il s'enseigner ?

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    1. Très juste. Cet enseignement risque fort, en effet, d'être un échec, reposant en somme sur l'affirmation (martelée, j'en ai peur) de... rien. A première vue, on pourrait s'en réjouir, et même s'en amuser. Mais on peut craindre que cela ne soit un facteur supplémentaire de querelles, de divisions, de méfiances : à se demander si nos gouvernants savent faire autre chose de nos jours.
      S.L.

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